
Depuis aussi longtemps que je me souvienne, j’ai toujours aimé les pique-niques. Au Québec on parle davantage de pique-nique que de déjeuner sur l’herbe. J’ai récemment vécu une expérience visuelle à ce propos qui a pris une dimension imprévue et qu’il me plaît de partager.
Après la longue pandémie, la guerre en Ukraine qui n’en finit plus ainsi que plusieurs deuils, j’étais alors disposée à me baigner dans la nature pour me revigorer. L’idée m’est venue de pique-niquer, avec l’amie Bruna et mon fils en bordure d’un lac privée dans les Laurentides. J’ai annoncé à mes amis Facebook que je partais pour un Déjeuner sur l’herbe le lendemain. Cette information sur cette activité bucolique était accompagnée de la photographie du célèbre tableau de Manet qui fit scandale.
Ce tableau exposé au Salon des refusés en 1863, je l’avais étudié de long en large pour connaître les raisons du scandale et de son intérêt historique. Je voulais aussi comprendre pourquoi il inspira Picasso à plus de 80 ans ainsi que plusieurs autres artistes. Les nombreuses informations qu’on retrouve sur internet donnent les réponses à ces questions.
J’avais téléphoné à ma petite-fille Anaïs pour l’informer de cette escapade dans la nature. – « N’oublie pas de prendre une photo mamie ». – « Non Non, je n’oublierai pas ». lui dis-je.

Tout à coup, durant le déjeuner sur l’herbe, en pleine discussion virile sur la guerre en Ukraine, je me suis souvenue qu’il fallait prendre une photo. En deux temps trois mouvements Bruna a pris cette photo sur le vif, sans aucune mise en scène de ce moment de joie.
Surprise! Le lendemain du fameux déjeuner sur l’herbe mon neveu, dessinateur imaginatif, cultivé et habile avec les technologies de l’image m’envoie cette version artistique qui s’inscrit dans la longue série des pastiches ou d’oeuvres inspirées d’Édouard Manet. J’étais ravie.

Comme enseignante en histoire de l’art je savais que l’image numérique prendrait une importance considérable dans le futur mais je n’avais jamais imaginé que je pourrais me retrouver dans Le déjeuner sur l’herbe de Manet. Par ailleurs, je peux confirmer qu’un bain de nature dans un lac c’est revigorant.
En conclusion, cette petite histoire s’inscrit dans la grande histoire des arts visuels et présentement nous assistons à une révolution des technologies de l’image et de l’Intelligence Artificielle (IA). Par conséquent il est fort difficile de prévoir comment les images seront manipulées et transformées dans le futur. Tout indique qu’il sera de plus en plus complexe de distinguer le VRAI du FAUX, le réel de la fiction, le réel du virtuel, tout en comprenant les divers niveaux de lecture. Le futur est un voyage dans l’inconnu et nous le vivrons collectivement. On se souhaite un bon voyage!