1. Baricco et THE GAME

« Joue et tu deviendras sérieux » 

Aristote
Alexandro Barrico

J’avais lu quelques romans et essais d’Alexandro Baricco, vedette italienne d’une soixantaine d’années. Cet écrivain, musicologue, enseignant,  touche-à-tout, auteur à succès, nous entraîne, d’un ton familier dans son parcours mental, afin de comprendre l’insurrection numérique qu’il a vécu. L’auteur remonte le temps, tout en faisait le tour de ses peurs. Il se souvient des années où il jouait au jeu qui fit un tabac, aussi bien en Amérique qu’au Japon ou en Europe : Space Invaders (1978). Petit à petit sa réflexion l’amène dans l’histoire du développement et du perfectionnement du jeu informatique, tout en cherchant les fondements idéologiques et mentaux qui permirent cette révolution. L’auteur en arrive à penser que ce mouvement technologique qui émergea en Californie et qui s’appuya sur l’outil était d’abord une révolution mentale : « sur dix personnes qui voulaient tout changer, cinq défilaient contre la guerre au Vietnam trois se retiraient dans un ashram et deux passaient leurs nuits dans les départements d’informatique à inventer des jeux vidéo ».

Baricco nous rappelle que la question de l’outil fut mise de l’avant par Steward Brand, gourou de la contre-culture et maître
à penser des hackers de la génération de Steeve Job.
En 1968 Brand avait publié le Whole Earth Catalog avec sous-titre accès aux outils. C’est ainsi qu’il s’exprimait : « Beaucoup de gens croient pouvoir changer la nature des personnes, mais ils perdent leur temps. On ne change pas la nature des personnes. En revanche on peut transformer les outils et les techniques qu’elles utilisent. C’est ainsi qu’on changera le monde ».  Pour Barrico cette révolution mentale de la contre-culture  californienne produisit l’outil qui visait l’autonomie des personnes ainsi que la gratuité et la circulation de l’information, seule façon de rompre avec les modes de pensée et les outils de communication du 20e siècle, lesquelles avaient permis l’horreur de ces deux grandes guerres. Selon Barrico, l’écroulement du mur de Berlin serait l’élément fondateur de l’ouverture de toutes les frontières, dont celle de l’esprit. D’après lui, les nouveaux outils de communication empêcheraient la répétition d’une telle calamité.*

Dans son processus de réflexion, Barrico prend le parti pris de suivre l’évolution technologique en imaginant des cartes qui correspondent aux divers soubresauts par lesquels l’homo sapiens est passé depuis les années 70. À partir de ces cartes, Barrico crée des liens, desquels il dégage des effets de ce «  deuxième monde »  sur l’homme/clavier/écran. Ce deuxième monde, le monde virtuel, étant un ajout au premier monde, modifie considérablement notre rapport à la vie et à la culture, car la genèse de l’informatique émergea du jeu.  Un jeu addictif qui s’est perfectionné très rapidement et qui a fait capoter le public quand Steeve Job a présenté son dernier jouet, le smartphone. Scène que l’auteur raconte avec brio, d’ailleurs. 

En superposant les diverses cartes, Baricco analyse les chemins et les effets produits sur le GAMER : Individualisme de masse, Posture zéro, Crépuscule des élites, Dématérialisation, Post-expérience, Redécouverte du tout. 

L’originalité de la démarche mentale de Baricco et les nombreuses informations historiques m’ont encouragée à continuer ma recherche et à voir ailleurs, afin de comparer avec les analyses d’autres auteurs sur la question de la gamification du monde. C’est en fouinant à la Grande Bibliothèque que je suis tombée sur une petit livre dont le titre m’a vraiment attirée : L’âge du jeu, et parce qu’il est écrit par un ingénieur diplômé de Harvard, chercheur indépendant. Je pouvais alors comparer avec l’approche d’Alexandro Baricco artiste et littéraire.

* On a pu observer que la technologie généralisée du 21e siècle, le smartphone, qualifié également de téléphone intelligent,  a eu pour effet d’enflammer la planète suite au buzz mondial suscité par la diffusion du meurtre de George Floyd.

« Nous façonnons nos outils et ceux-ci nous façonnent.» 

McLuhan 

Marshall McLuhan

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