1984 -1er anniversaire de la librairie Vénus : Lancement du RIRE

Un an déjà !

Année bien remplie à la librairie et au Collège. Je continuais à suivre les nouveaux courants de pensée pseudo-scientifiques et scientifiques. Celui qui émergeait c’était la santé par le Rire qui se développa d’abord grâce au médecin Patch Adam* (encore un médecin) et au journaliste Normand Cousin*. J’ai alors réfléchi sérieusement au concept et j’en suis devenue une adepte. C’était facile pour moi, car ma mère m’a mise au monde dans un éclat de Rire, en jouant un tour à sa nouvelle voisine, de Ville St-Michel, qui tenait absolument à assister à l’accouchement du 8 ème enfant de Cécile. De connivence avec ma mère, la sage-femme envoya la voisine chercher quelque chose chez elle et ma mère* en profita pour m’expulser dans un éclat de rire de sorcière : le rire orgasmique de la délivrance. Voilà pourquoi j’étais en quelque sorte prédestinée à célébrer le premier anniversaire Vénus dans la joie et le Rire avec tous ces nouveaux amis et nouvelles amies.

* Patch Adam : Sa vie et son projet donnèrent lieu à un livre biographique dont fut tiré en 1998 le film romancé « Docteur Patch » avec Robin Williams.
* Norman Cousin : Comment je me suis guéri par le rire. Petite bibliothèque, PAYOT.
* Ma sainte mère, Cécile Forget, était membre active du tiers-ordre de Saint-François d’Assise reconnu pour sa joie de vivre, son amour de la nature et son rire. Saint-François est le patron des écologistes.

C’est la fête !

Audette surgissant avec l’énorme gâteau. ( Photo : Claude Gauthier )
Irène en pleine performance. ( Photo : Claude Gauthier )
En compagnie de Anne. ( Photo : Claude Gauthier )

Lancement du RIRE

Pour ce joyeux anniversaire nous avions invité quelques amis et amies à exposer dans la petite salle qui servait aux expositions. Afin de démontrer le sérieux du RIRE, je me rappelle que j’avais conçu  l’acronyme RIRE pour signifier le Réseau International de Recherche sur l’Énergie. Une fille fait ce qu’elle peut !

« C’est par le rire que le monde redevient un endroit voué au jeu, une enceinte sacrée, et non pas un lieu de travail » — OCTAVIO PAZ

« L’homme est un animal qui sait rire, et qui fait rire » — HENRI BERGSON

Le Rire au département des arts

Au Collège, notre département était très dynamique et revendicateur. Nous étions toutes et tous très occupés à monter nos cours et à les perfectionner. À l’époque, il n’y avait pas d’internet et d’ordinateurs, je devais monter  le matériel pédagogique que je sélectionnais, classais, faisais transférer de support en suivant l’évolution technologique et sociale (super 8, Beta, VHS). Je me souviens des vieux films de l’ONF qui cassaient toujours. Le service de l’audio-visuel me produisait sur demande des diapositives à partir des livres  et revues. Ce service copiait toutes les émissions télévisuelles que je désirais : une mine d’or pour mes cours. Je me souviens d’être venue à Montréal chercher les reproductions les plus significatives pour l’histoire de l’art, faute de voir les originaux dans les grands Musées. Comme la plupart des départements on s’est adaptés progressivement aux nouvelles technologies tout en organisant régulièrement des expositions à la Galerie d’art du Cégep et au Musée Régional de Rimouski ainsi que des voyages pédagogiques. 

Les enseignants étaient passionnés par leur travail qui prenait à l’occasion la forme d’un jeu compétitif quand il s’agissait de la répartition des tâches. Heureusement le syndicat et les aînés s’occupaient des retraites. Ainsi, nous avions l’esprit libre pour nous consacrer à la recherche et à l’enseignement.

Notre enseignement avait des ressemblances avec l’École du Bauhaus allemand. Autant par le sérieux et la liberté que par le travail de recherche personnelle. Les élèves expérimentaient de nombreux matériaux et techniques et ils étaient stimulés à suivre leur propre voix, tout en étant bien informés du système des arts. Comme au Bauhaus, nous aimions bien fêter au 5étage. J’ai retrouvé ces photos d’une soirée où nous avions fait un concours de sculptures vivantes. Dans ce temps-là, on savait s’amuser et se respecter malgré nos différences. La conscience de l’aspect ludique et poétique de la vie fait partie de la démarche artistique, me semble-t-il. Cette conscience n’enlève pas la dimension tragique, elle l’allège par son aspect dérisoirement comique. 

Le club international du rire

Certificat de formation d’animateur/trice de Rire Libre ou Yoga du rire.

On dit l’idiot rit, le sage sourit. On dit tant de choses. Je ne sais pas. Je pense que la vie est un paradoxe ou le rire et le pleure sont l’envers et l’endroit d’un spectre émotif qu’on apprend à maîtriser au fil d’une vie. Il est facile de passer de l’un à l’autre. Flaubert disait qu’il suffit de se regarder pleurer dans un miroir pour éclater de rire. 

Le mouvement lancé par Patch Adam et Norman Cousin fit de nombreux adeptes et les thérapies par le Rire, le yoga par le Rire, la santé par le Rire, la Rigolothérapie sont devenus à la  mode ainsi que l’histoire, la philosophie, la sociologie, la psychanalyse, l’anthropologie, l’éthologie  du Rire. Et bien sûr, la sémiologie du Rire. Une vraie science du Rire se mettait en place car le Rire est une chose sérieuse qui possède une riche matière à décrypter. C’est dans ce contexte que fut fondée  l’École nationale de l’humour en 1988 où l’art et l’industrie du Rire se conjuguent  pour un bien-être social en  cherchant à s’adapter à l’évolution des mœurs de la société. Le Rire s’est institutionnalisé par ses nombreux festivals, Gala, Musée, etc. Bref par la place qu’il occupe dans les médias locaux et internationaux. Il y a matière à rire et à pleurer. Selon le point de vue. Le Rire est devenu une marchandise que Marx n’a pas analysée, me semble-t-il. Au Québec, à lui seul, le Groupe Juste pour rire génère des retombées économiques de 84.4 millions.  (La Presse 2017)

Finalement en 2004, j’ai voulu en avoir le cœur net et j’ai obtenu un certificat du Club de rire international du Québec pour en conclure que c’est habituellement plus facile de rire en groupe que de rire seul ou seule. Tout simplement parce que le rire est communicatif comme le bâillement. Serait-ce à cause des neurones miroirs ? Notion élémentaire, sans doute que beaucoup de québécois et québécoises ont compris cela, sans suivre de cours. 

Il faut reconnaître que les gens ont besoin de rire et que cette émotion universelle partagée, cet exutoire pour divers groupes sociaux et nationaux est parfois partagée pour une bonne partie des terriens et terriennes. La capacité de rire peut aussi bien être un signe d’intelligence que d’idiotie, de pouvoir que de soumission. Quoi qu’il en soit, c’est bon pour la santé et j’avoue que les techniques du rire sans raison peuvent amener à développer l’humour. Certaines personnes ont besoin de pratiquer en groupe. Pourquoi pas ?  Les techniques du rire sans raison pourraient sans doute devenir très rentables dans le système de santé. Il me semble que l’homo sapiens aurait tort de s’en passer, d’autant plus qu’une armée d’experts du Rire se bousculeront au portillon.   

De là, à militer pour en faire une religion mondiale qui mènerait à la paix mondiale, cela me fait plutôt sourire. Quoique…

« Seul ceux qui savent prendre à la légère ce que les gens prennent ordinairement au sérieux, peuvent prendre au sérieux ce que les gens prennent ordinairement à la légère ». —TCHOUANG-TSEU

Le Rire et le sérieux
 « Bien sûr, il existe un totalitarisme insupportable du sérieux. Mais que le rire soit lié au principe même de civilisation humaine (…) ne prouve pas ipso facto que le sérieux soit toujours barbare. Il existe aussi un totalitarisme soft du rire, très insidieux. Il faut parfois du sérieux, ne serait-ce que pour redonner au rire sa vraie mission anthropologique, qui est de mettre le réel à distance. Mais pour mieux le voir.»
La civilisation du rire, p.320 op.cité

Peut-on Rire de l’art ?
« L’art équivaut à un rire hyperbolique – un rire qui serait beaucoup plus puissant que tous les rires effectifs, au moins virtuellement ; d’un autre point de vue, c’est un rire raté et avorté. Pour la même raison, on peut aussi bien rire de l’art moderne ou jouer sérieusement le jeu de l’émotion esthétique. Une attitude n’est pas moins légitime que l’autre : le rire n’est pas nécessairement  le stigmate (honteux) de l’ignorance, de la bêtise ou du mépris, ni le sérieux celui de la banale soumission aux codes culturels. Le rieur n’est pas un amateur qui n’aurait pas compris la réalité des enjeux artistiques, le non-rieur n’est pas non plus un pisse-vinaigre incapable de relâcher la bonne énergie du rire. Mais, à la croisée de l’hilarité et de l’adhésion émotionnelle, l’art nous ramène tous à la condition de l’âne de Buridan : notre seule obligation, rappelle la fable, est de choisir résolument l’une des deux voies. Lucidement ou en toute inconscience, peu importe ; et qui peut vraiment être sûr de ses motivation ? »
La civilisation du rire, p.231 op.cité

Épilogue

Les sorcières de Rimouski sont les femmes que j’ai rencontrées au Cégep, à la librairie Vénus, à la Maison des femmes, au Salon du livre, à l’Association des femmes d’affaires, au Club politique féminin, au Musée, au Club de tennis et dans les bars.

En 1984 le thème des sorcières était dans l’air et la grande chanson d’Anne Sylvestre « Une sorcière comme les autres », interprétée par Pauline Julien, attisait le mouvement féministe au Québec.

À Rimouski, le vent du large animait d’une douce folie le désir de création, d’expérimentation, de recherche et d’expression, ainsi que le mouvement de libération des femmes. Heureusement, nous n’étions pas au Moyen-âge car plusieurs de celles que j’appelle les Sorcières de Rimouski auraient péri comme Jeanne d’Arc, condamnée en 1451 par l’Église de Rome à brûler vive sur le bûcher. Cette sorcière guerrière fut réhabilitée comme sainte en 1920 par la même Église. Allez savoir pourquoi ! Serait-ce l’origine du paradoxe de la sorcière : à la fois satanique et divine ?

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