Le Bioart et la question des limites

De fil en aiguille, en approfondissant la question du transhumanisme, je comprenais que ce mouvement vise à revoir le rapport au corps en questionnant et en repoussant ses limites. C’est exactement le projet des bioartistes qui sont des intellectuels, boursiers, chercheurs patentés, conférenciers, diplômés, honorés, reconnus à travers le monde dans les réseaux d’arts technologiques et bioartistiques. Les historiens et historiennes de l’art ne peuvent les ignorer*. 

ORLAN

ORLAN : naissance 1946

ORLAN est une artiste française féministe, multidisciplinaire qui travaille à Paris, New-York et Los Angeles. L’artiste vise à sortir des normes et du cadre. Son installation/performance Le Baiser de l’artiste de 1977 fit scandale et lui valut le congédiement de son travail de formatrice culturelle dans une école privée. Son art corporel interroge les pressions politiques, sociales et religieuses, principalement la tradition judéo-chrétienne dont elle est issue. ORLAN vise la suppression de l’inné et de l’acquis et questionne la beauté et le désir. Elle interroge les clichés de la femme mère et putain. Le scandale fut tel que personne ne l’a défendue : ni les féministes, ni le milieu de l’art. Malgré l’anathème qui pesa sur elle, elle continua sans relâche ses explorations. Dans son manifeste de 1992 « L’art charnel » l’artiste « ne s’intéresse pas au résultat plastique final, mais à l’opération-chirurgicale-performance et au corps modifié, devenu lieu de débat public ». Elle réclame de faire ce qu’elle veut de son corps, toutefois sans le faire souffrir. En 1993 l’artiste plasticienne défraya la chronique en transformant son visage par neuf opérations, notamment par une chirurgie d’implants en forme de bosses, sur les tempes. Ces performances sont filmées, on peut les voir sur internet. Dans sa performance de 2007 Le Manteau d’Arlequin, inspiré du livre de Michel Serre Le tiers instruit, ORLAN est filmée pendant l’opération dans le bloc opératoire alors qu’on lui prend des cellules qui seront cultivées en laboratoire avec d’autres cellules humaines  pour la création du Manteau d’Arlequin, métaphore utilisée dans le livre de Michel Serre.

Edouardo Kac : naissance 1986

L’américano-brésillien de formation littéraire et philosophique Edouardo Kac fit un grand coup médiatique avec la lapine transgénique fluorescente qu’il baptisa Alba et qu’il inscrivit dans son catalogue d’artiste en 2000. Maîtrise en beaux-arts de  l’Art Institut of Chicago, il est récipiendaires de nombreux prix et bourses.  Son œuvre se trouve dans les plus grands Musées de la planète. Très prolifique, son processus de recherche et d’expérimentation est largement appuyé par des écrits théoriques à caractère critique. Il s’intéresse à la communication sous toutes ses formes via la bio-informatique et diverses technologies. En 1989, il a produit sa première œuvre de télé-présence en intégrant la robotique commandé à distance.  C’est lui qui inventa le mot BioArt, notion qui l’amène à questionner la limite entre l’animal et l’humain ainsi que  l’humain et l’inhumain. En 1997, en direct, à la télé brésilienne, il présenta Time Capsule. Cette performance de bioarttransgénique, en présence d’un médecin, consistait à s’implanter dans la jambe un microcircuit afin d’inscrire son corps et son identité dans une base de données d’identification des animaux qui sert à positionner les animaux perdus. Quelques minutes plus tard  il fut lu optiquement à Chicago et reconnu comme animal et propriétaire.

Kac est un pionnier contreversé, entre autre, parce que la fameuse lapine Alba fut fabriquée en France en 1998 au laboratoire de l’INRA, dirigé par Louis-Marie Houdeline, en introduisant un gène de méduse dans le code génétique de la lapine. Suite à la visite du laboratoire, Kac s’est approprié la lapine comme œuvre d’art. Par cette diffusion mondiale, un certain public prenait conscience de ce travail de laboratoire sur les animaux transgéniques. Ce genre de recherche se pratiquait aussi à Singapour et l’on vit apparaître sur le marché, au début des années 2000, des poissons d’ornements fluorescents Glofish et Electric Greens considérés non dangereux selon l’Avis de Pêche et Océan canada en 2018, alors qu’ils sont interdits dans plusieurs pays.

Extrait du Manifeste du BioArt de 2017 signé par Eduardo Kac*:
« Nous faisons confiance au public artistique qui reconnaît que, du fait que Bio Art est vivant, tout Art Bio a des implications politiques, sociales, culturelles et éthiques, que celles-ci soient explicites ou non par l’artiste. »

*Marianne Cloutier a produit un mémoire de maîtrise en histoire de l’art à l’UQAM sur Edouardo Kac. Elle poursuit des études post-doctorales en bioéthique et collabora comme commissaire à l’exposition Art + Bioéthiqueen 2016 à Montréal.

Stelarc : Naissance 1946

STERLAC

Sterlac est né à Chypre et vécut sa jeunesse marginale en Australie. Son œuvre est principalement orientée sur l’extension des capacités du corps humain. Il est devenu une célébrité mondiale en 2007 grâce à la troisième oreille, produite à partir de cellules souches, qu’il s’est fait transplanter dans le bras. D’abord chercheur dans les arts de la performance dans une université en Angleterre il pousuivit ses recherches à l’université Curtin en Australie. C’est au Japon qu’il eut la révélation du travail sur le corps grâce au butô qui explore l’éphémérité du corps. Désormais dans son œuvre, le corps sera perçu commme un objet obsolète. Suite au choc du butô, la transformation de l’homme en forme non humaine est devenu son projet.  Il enseigna l’art et la sociologie sur l’homme/robot, l’Intelligence artificielle, la vie possible en dehors du corps biologique a l’école internationale de Yokohama. Et il réalisa sa série de 25 supensions corporelles de 1976 à 1988. Il produisit aussi des exosquelettes. En 1997 il est professeur d’Honneur au département Art and Robotics de l’Université Carnegie Mellon. Doctorat, honoris causa de plusieurs universités, il obtint le prestigieux prix Ars Electronica dans la catégorie Art hybride, en Autriche. 

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