Élitisme et eugénisme

Platon

L’idée de privilégier la reproduction de l’élite n’est pas nouvelle, Platon en fut le champion dans sa vision de la République idéale où les bébés indésirables devaient être éliminés sans problème, en conformité avec la tradition. Dans la Grèce antique l’élite comprenait essentiellement des citoyens mâles (des purs sang grec). Les femmes, esclaves, métèques étaient exclus du débat public. Que faut-il en penser aujourd’hui ? Est-il toujours favorable de privilégier la reproduction de l’élite ? Quelle élite ? La liste des questions pourrait être très longue.

Avec la chrétienté la structure sociale élitiste s’est modifiée tout en demeurant patriarcale. Le planning familial catholique fut conçu par les Pères de l’Église, à l’opposé de la pensée de Platon : interdiction d’avortement et reproduction maximale du peuple, dans le but de s’assurer une meilleure place au ciel, sans doute ? Ce n’est qu’à la fin du 19esiècle que Sir Francis Galton, cousin de Darwin, est revenu en force avec la création de la notion d’eugénisme qui signifie bonne naissance. Professeur à l’université de Londres, ses recherches, conférences et écrits inspirèrent le premier Congrès international d’eugénique en 1912. 

Dès 1907 la première société d’eugénique de Londres, qui eut des accointances avec le nazisme, l’Eugenics Education Society comprenait 600 membres dont la moitié était des femmes. L’une d’entre elles, Marie Stopes. fut la militante la plus remarquable pour l’éducation à la sexualité, à la contraception et à l’avortement. Le contexte social de l’intelligentsia était favorable à l’eugénisme et plusieurs pays pratiquèrent la stérilisation des personnes considérées inaptes à la reproduction dont les États-Unis, la France, la Suède, le Canada, la Russie, le Japon. 

Marie Stopes, paléobotaniste, militante.

Pour conclure, il faut se faire à l’idée que le transhumanisme est un nouveau paradigme qui appelle à la réflexion. L’idée de prolonger la vie sur terre et d’éliminer les tares génétiques fait de plus en plus d’adeptes, indépendamment de toutes les idéologies politiques, philosophiques, spirituelles, religieuses ou morales. Sans les avancés des NBIC le transhumanisme visant le point Oméga ne serait pas apparu avec une telle force et si rapidement. De telle sorte qu’on peut imaginer que le clivage du futur, risque de s’opérer entre les bio-conservateurs et les transhumanistes. Avec toutes les nuances que l’on peut imaginer.

L’histoire de l’art nous apprend que les artistes, ont tendance à utiliser les dernières découvertes techniques et scientifiques dans leurs explorations. Par exemple, la peinture à l’huile amena le déclin de la technique de la fresque, le tube de peinture transporta les artistes dans la nature et l’appareil photo bouleversa le monde de l’image, tant par la forme et le contenu que par la production et la diffusion. Aujourd’hui, films, séries et jeux video dominent la consommation d’images sur la planète et l’homo sapiens recycle ses visions du monde grâce aux NBTC. Quoique l’on pense des bioartistes, ceux-ci et celles-ci ont le mérite d’utiliser des technologies actuelles afin de provoquer le débat social. N’oublions pas que ce qui se trame dans les laboratoires du futur n’est pas sous les projecteurs des médias. Heureusement, les bioartistes, lanceurs d’alertes, illuminent la caverne de Platon.

Pour l’instant, que dire des nombreuses prothèses possibles pour les diverses parties du corps ? La liste est longue et les patients sont nombreux.

DEUXIÈME PARTIE : 1984 — Exposition-performance : Voir l’entendre

« Lorsqu’on parle de soi, on parle de trois choses : on parle de celui (ou celle) qu’on croit avoir été, de celui qu’on a voulu être et de ce qu’on a été. Nous sommes toujours plus ou moins dans la fiction, dans le récit que l’on se fait de soi et des autres » — MARGUERITE YOURCENAR

L’élément déclencheur

L’élément déclencheur de cette première exposition – performance* fut la belle gravure provenant d’une vente de débarras au Collège de Rimouski : une interprétation de la fameuse Dernière Cène de Léonard de Vinci. Avec cette représentation mythico-humaniste, reprise par plusieurs artistes dans l’histoire de l’art, j’étais en pays de connaissance, notamment parce que dans ma famille nous étions 12 enfants, six garçons, six filles. En voyant la gravure, le déclic s’est fait. J’ai vu l’ensemble du projet et les tableaux furent réalisés l’un après l’autre sans soucis.

*Un long article de Wikipedia explique l’histoire de la performance qui commença avec les Futuristes italiens et qui culmina au Québec, avec le mouvement féministe, à partir des années 1970.

Rire à la sainte table

Sur la photo de gauche, Cécile et Ursmord n’avaient que onze enfants. Sur la photo de droite, grâce à l’arrivée de la petite dernière, la douzaine est complète.

L’idée de partager le vin et un repas, en famille ou entre amis, c’est la chose que j’apprécie le plus des rituels du christianisme, sans croire que je mange le corps et que je boive le sang du Christ. Quand même !  Je n’ai jamais cru à ce genre de magie. Quand on se dégage de cette imagerie enfantine, de ce cannibalisme primaire, on reconnaît que boire et manger sont essentiels à la survie de l’homo sapiens et de toutes les espèces vivantes. Il suffit de suivre l’évolution d’un grain de blé, ou de riz, pour en saisir la beauté et la complexité. Sans doute qu’il s’agit de poussières d’étoiles comme l’homo sapiens. Quoi qu’il en soit de ce passé lointain, rien d’étonnant que ce rituel de partage se perpétue malgré la laïcisation progressive de la société québécoise. 

Les rituels naissent, se développent, s’imposent et se transforment. Ils suivent l’évolution des changements sociaux et idéologiques ainsi que des changements dans nos vies personnelles. On retrouve des rituels et codes sociaux partout : dans les sports et jeux, en politique, dans les diverses institutions et religions. Les rituels partagés cimentent les liens sociaux, parfois pour le meilleur, parfois pour le pire. Il existe de multiples réseaux de rituels et diverses histoires de leurs organisations et de leurs transmissions. Certains rituels portent à rire d’autres pas. Tout dépend des circonstances, coutumes, traditions, formes de hiérarchie sociale, etc. Les rires sociaux à l’encontre des divers pouvoirs sont soumis aux normes, lois et constitutions des divers pays.  

Au Québec, le rire collectif  accompagna la décléricalisation, dans les années 1960-70, grâce aux Cyniques* et à Yvon Deschamps*. Le pouvoir de l’Église de Rome venait de sauter en éclats par l’humour carnassier ou faussement bon-enfant de ces jeunes humoristes. Cette libération collective du poids de la religion catholique ne s’applique évidemment pas à toutes les religions. C’est bien connu. Les québécois ne partagent plus de Rire collectif. Même le Bye bye est en peine d’humour social. L’humour subversif est en déclin parce que les Chartes et Constitutions nous empêchent de rire du monde. La liberté d’expression a ses limites et dorénavant ce sont les avocats et les assureurs qui sont les contrôleurs du Rire. 


Collectif, Les Cyniques, Le rire de la Révolution tranquille, Triptyque, 2013
* Robert Aird, L’histoire de l’humour au Québec, VLB éditeur, 2004 et Histoire politique du comique au Québec, VLB éditeur, 2010. 

L’ écrivain Umberto Éco nous montre dans le roman Le nom de la rose* que le rire n’avait pas de place dans l’Église de Rome au Moyen-Âge. En contrôlant les spasmes organiques, orgasmiques, incontrôlables du rire, le pouvoir contrôlait aussi les consciences.  Il fallu attendre l’humaniste, moine et médecin François Rabelais, l’auteur de Gargantua,  pour que le rire s’introduise grossièrement puis finement dans la culture française en fonction des nouvelles hiérarchies sociales.  C’est en lisant Alain Vaillant que j’ai compris que cette exposition-performance s’inscrivait dans un motif constant dans la culture occidentale : le rire et le vin. Voilà donc où je voulais en venir, en faisant ce détour dans l’histoire du Rire. Avec le recul des ans, je comprends mieux mon processus de 1984 alors que j’étais totalement immergée dans l’action créatrice. 

*Le film de J.J. Annaud produit en 1986, avec l’acteur Sean Connery, fit connaître davantage le roman.

Rire et vin

« L’équivalence du rire et du vin est un motif constant dans la culture occidentale. L’éloge du vin n’est pas seulement pour Rabelais une pirouette finale, ni une blague banale d’après-boire, ni la parodie carnavalesque des Saintes écritures et de tout son sacré. Le rire rabelaisien est bien plus qu’un antidote contre toutes les illusions (religieuses, spiritualistes, idéalistes) ; il est d’abord l’affirmation d’une conviction philosophique d’où découle un impératif moral. La conviction est celle d’un immanentisme absolu, avec lequel il ne saurait être question de transiger.»

Alain Vaillant, La civilisation du rire, CNRS EDITIONS, 2016, p.259

Introduction à la performance

Cette photo me révèle et me rappelle que je jouais à l’enseignante, le jeu avec Denise, dont j’ai parlé précédemment ( 1978 — La prodigieuse amie d’enfance ), mais j’avais changé de rôle.  Le jeu et le travail se confondaient et j’expliquais innocemment mes recherches sur la vue et le cerveau de l’homo sapiens. Cet organe physique et psychique évolue sans cesse grâce aux multiples technologies qui permettent de conserver, sur divers supports, des traces de vie des diverses civilisations ainsi que celles des êtres chers. Le rafraîchissement de la mémoire est désormais possible, pour une bonne partie des terriens et terriennes. Il est même possible d’observer de loin ou de près, de jouer avec les distances, les points de vue, les plans, les angles, les textures, l’ombre et la lumière, la transparence, le mouvement, la vitesse, la couleur, etc. Sans parler de ce qui est présenté comme passé, présent, futur ou virtuel. Il est également possible de voyager dans le temps et l’espace, dans l’infiniment grand et l’infiniment petit, non seulement par la pensée mais par une représentation de l’image grâce à la technologie. 

Ces technologies de 1984* dont je parlais dans cette introduction, celles que j’utilisais et celles que j’imaginais, annonçaient le futur dans lequel nous vivons. Futur dans lequel l’homo sapiens semble très mal adapté quand on observe la scène mondiale. C’était vrai en 1984. C’est encore plus vrai.

*1984. Ce roman de Georges Orwell nourrissait mon imagination autant que l’histoire de l’art.

Présentation des tableaux

J’expliquais à tour de rôle chacun de mes tableaux, en lien avec l’évolution de l’imagination des artistes au XXe siècle. Ces productions avaient un caractère didactique tout en reflétant ma singularité : mon style, ma signature comme on dit.  

Mon propos, portait surtout sur la vue, la vision, la télévision, la visualisation, la mémoire, les technologies, le cerveau et les sens. Je parlais des diverses lunettes avec lesquelles on peut observer les divers niveaux d’organisation de la vie. L’influence de Henri Laborit était présente.

Les 12 tableaux, recouverts d’un rideau blanc ou noir, que je dévoilais à tour de rôle, étaient reliés entre eux par l’utilisation du miroir. Ce matériau m’attirait pour sa fragilité, le défi technique des coupes, ses jeux de reflets de l’environnement ainsi que par les questions qu’il provoque dans une réflexion sur l’identité. À l’époque je n’avais pas encore entendu parler du concept des neurones miroirs découvert par G. Rizzolatti au début des années 1990. Théorie appelée à évoluer sans doute. 

Le 12e tableau : La Dernière Scène

Le dévoilement de la Dernière Scène était en quelque sorte le dénouement de la performance. Les participant(e)s ont joué le jeu et l’on a partagé le vin dans un rituel qui s’inscrit dans la mémoire collective de la civilisation gréco-romano-judéo-chrétienne. Surprenant pour une mécréante ? Non, pas vraiment. 

« C’est l’esprit qui voit et qui entend. » —Montaigne

La formule f = cp

Un autre élément particulièrement significatif dans mon « processus de recherche artistique », si on peut dire, fut la création de la formule f = cp.  Cette formule était en quelque sorte un pied de nez amical à Albert Einstein car ses découvertes sur la relativité ont largement bouleversé la conscience mondiale sur les plans de l’énergie, de l’espace, du temps et sur la notion de Dieu. Était-ce un bien ? Était-ce un mal ?  Quoi qu’il en soit, l’homo sapiens était rendu là dans son évolution et j’observais que les civilisations terriennes avaient perdu le cap de la survie. Hélas, comme il n’y a qu’une minorité des sept milliards  et plus de terriens qui  comprennent quelque chose à l’évolution, aux mystères de la vie et aux Lois de l’énergie, j’avais donc eu  l’idée d’inventer une formule démocratique pour les pauvres sorciers et sorcières qui manquons de repères pour nous situer dans l’évolution.  

À partir de cette formule, imaginée en créant le tableau,  j’ai demandé aux participants et participantes de trouver des mots pour l’expliquer. Le public a joué le jeu et j’ai reçu de nombreuses interprétations. Rien de plus démocratique que de s’inventer sa propre formule magique. Juste pour rire.

Photos du public

Un troisième aspect de l’événement qui m’importait c’était de prendre des photos des personnes qui osaient se présenter chez Vénus pour Voir l’entendre. La performance en arts visuels joue sur la notion de regardé/regardant/participant. Il est coutume de conserver des photos pour mémoire car il s’agit d’un moment d’arrêt dans lequel l’artiste interpelle momentanément le public. Un moment d’arrêt comme une bouteille lancée à la mer. L’invitation avait été lancée dans les médias locaux et la performance devait être présentée qu’une seule fois comme c’est généralement la coutume en arts visuels. Il suffisait de réserver à la librairie la trentaine de places disponibles. À ma grande surprise la demande fut telle que j’ai répété 3 ou 4 fois l’événement.Le nombre de joueurs et joueuses dépassait mes attentes. J’ai donc continué mon jeu d’artiste sur cette lancée.

1984 -1er anniversaire de la librairie Vénus : Lancement du RIRE

Un an déjà !

Année bien remplie à la librairie et au Collège. Je continuais à suivre les nouveaux courants de pensée pseudo-scientifiques et scientifiques. Celui qui émergeait c’était la santé par le Rire qui se développa d’abord grâce au médecin Patch Adam* (encore un médecin) et au journaliste Normand Cousin*. J’ai alors réfléchi sérieusement au concept et j’en suis devenue une adepte. C’était facile pour moi, car ma mère m’a mise au monde dans un éclat de Rire, en jouant un tour à sa nouvelle voisine, de Ville St-Michel, qui tenait absolument à assister à l’accouchement du 8 ème enfant de Cécile. De connivence avec ma mère, la sage-femme envoya la voisine chercher quelque chose chez elle et ma mère* en profita pour m’expulser dans un éclat de rire de sorcière : le rire orgasmique de la délivrance. Voilà pourquoi j’étais en quelque sorte prédestinée à célébrer le premier anniversaire Vénus dans la joie et le Rire avec tous ces nouveaux amis et nouvelles amies.

* Patch Adam : Sa vie et son projet donnèrent lieu à un livre biographique dont fut tiré en 1998 le film romancé « Docteur Patch » avec Robin Williams.
* Norman Cousin : Comment je me suis guéri par le rire. Petite bibliothèque, PAYOT.
* Ma sainte mère, Cécile Forget, était membre active du tiers-ordre de Saint-François d’Assise reconnu pour sa joie de vivre, son amour de la nature et son rire. Saint-François est le patron des écologistes.

C’est la fête !

Audette surgissant avec l’énorme gâteau. ( Photo : Claude Gauthier )
Irène en pleine performance. ( Photo : Claude Gauthier )
En compagnie de Anne. ( Photo : Claude Gauthier )

Lancement du RIRE

Pour ce joyeux anniversaire nous avions invité quelques amis et amies à exposer dans la petite salle qui servait aux expositions. Afin de démontrer le sérieux du RIRE, je me rappelle que j’avais conçu  l’acronyme RIRE pour signifier le Réseau International de Recherche sur l’Énergie. Une fille fait ce qu’elle peut !

« C’est par le rire que le monde redevient un endroit voué au jeu, une enceinte sacrée, et non pas un lieu de travail » — OCTAVIO PAZ

« L’homme est un animal qui sait rire, et qui fait rire » — HENRI BERGSON

Le Rire au département des arts

Au Collège, notre département était très dynamique et revendicateur. Nous étions toutes et tous très occupés à monter nos cours et à les perfectionner. À l’époque, il n’y avait pas d’internet et d’ordinateurs, je devais monter  le matériel pédagogique que je sélectionnais, classais, faisais transférer de support en suivant l’évolution technologique et sociale (super 8, Beta, VHS). Je me souviens des vieux films de l’ONF qui cassaient toujours. Le service de l’audio-visuel me produisait sur demande des diapositives à partir des livres  et revues. Ce service copiait toutes les émissions télévisuelles que je désirais : une mine d’or pour mes cours. Je me souviens d’être venue à Montréal chercher les reproductions les plus significatives pour l’histoire de l’art, faute de voir les originaux dans les grands Musées. Comme la plupart des départements on s’est adaptés progressivement aux nouvelles technologies tout en organisant régulièrement des expositions à la Galerie d’art du Cégep et au Musée Régional de Rimouski ainsi que des voyages pédagogiques. 

Les enseignants étaient passionnés par leur travail qui prenait à l’occasion la forme d’un jeu compétitif quand il s’agissait de la répartition des tâches. Heureusement le syndicat et les aînés s’occupaient des retraites. Ainsi, nous avions l’esprit libre pour nous consacrer à la recherche et à l’enseignement.

Notre enseignement avait des ressemblances avec l’École du Bauhaus allemand. Autant par le sérieux et la liberté que par le travail de recherche personnelle. Les élèves expérimentaient de nombreux matériaux et techniques et ils étaient stimulés à suivre leur propre voix, tout en étant bien informés du système des arts. Comme au Bauhaus, nous aimions bien fêter au 5étage. J’ai retrouvé ces photos d’une soirée où nous avions fait un concours de sculptures vivantes. Dans ce temps-là, on savait s’amuser et se respecter malgré nos différences. La conscience de l’aspect ludique et poétique de la vie fait partie de la démarche artistique, me semble-t-il. Cette conscience n’enlève pas la dimension tragique, elle l’allège par son aspect dérisoirement comique. 

Le club international du rire

Certificat de formation d’animateur/trice de Rire Libre ou Yoga du rire.

On dit l’idiot rit, le sage sourit. On dit tant de choses. Je ne sais pas. Je pense que la vie est un paradoxe ou le rire et le pleure sont l’envers et l’endroit d’un spectre émotif qu’on apprend à maîtriser au fil d’une vie. Il est facile de passer de l’un à l’autre. Flaubert disait qu’il suffit de se regarder pleurer dans un miroir pour éclater de rire. 

Le mouvement lancé par Patch Adam et Norman Cousin fit de nombreux adeptes et les thérapies par le Rire, le yoga par le Rire, la santé par le Rire, la Rigolothérapie sont devenus à la  mode ainsi que l’histoire, la philosophie, la sociologie, la psychanalyse, l’anthropologie, l’éthologie  du Rire. Et bien sûr, la sémiologie du Rire. Une vraie science du Rire se mettait en place car le Rire est une chose sérieuse qui possède une riche matière à décrypter. C’est dans ce contexte que fut fondée  l’École nationale de l’humour en 1988 où l’art et l’industrie du Rire se conjuguent  pour un bien-être social en  cherchant à s’adapter à l’évolution des mœurs de la société. Le Rire s’est institutionnalisé par ses nombreux festivals, Gala, Musée, etc. Bref par la place qu’il occupe dans les médias locaux et internationaux. Il y a matière à rire et à pleurer. Selon le point de vue. Le Rire est devenu une marchandise que Marx n’a pas analysée, me semble-t-il. Au Québec, à lui seul, le Groupe Juste pour rire génère des retombées économiques de 84.4 millions.  (La Presse 2017)

Finalement en 2004, j’ai voulu en avoir le cœur net et j’ai obtenu un certificat du Club de rire international du Québec pour en conclure que c’est habituellement plus facile de rire en groupe que de rire seul ou seule. Tout simplement parce que le rire est communicatif comme le bâillement. Serait-ce à cause des neurones miroirs ? Notion élémentaire, sans doute que beaucoup de québécois et québécoises ont compris cela, sans suivre de cours. 

Il faut reconnaître que les gens ont besoin de rire et que cette émotion universelle partagée, cet exutoire pour divers groupes sociaux et nationaux est parfois partagée pour une bonne partie des terriens et terriennes. La capacité de rire peut aussi bien être un signe d’intelligence que d’idiotie, de pouvoir que de soumission. Quoi qu’il en soit, c’est bon pour la santé et j’avoue que les techniques du rire sans raison peuvent amener à développer l’humour. Certaines personnes ont besoin de pratiquer en groupe. Pourquoi pas ?  Les techniques du rire sans raison pourraient sans doute devenir très rentables dans le système de santé. Il me semble que l’homo sapiens aurait tort de s’en passer, d’autant plus qu’une armée d’experts du Rire se bousculeront au portillon.   

De là, à militer pour en faire une religion mondiale qui mènerait à la paix mondiale, cela me fait plutôt sourire. Quoique…

« Seul ceux qui savent prendre à la légère ce que les gens prennent ordinairement au sérieux, peuvent prendre au sérieux ce que les gens prennent ordinairement à la légère ». —TCHOUANG-TSEU

Le Rire et le sérieux
 « Bien sûr, il existe un totalitarisme insupportable du sérieux. Mais que le rire soit lié au principe même de civilisation humaine (…) ne prouve pas ipso facto que le sérieux soit toujours barbare. Il existe aussi un totalitarisme soft du rire, très insidieux. Il faut parfois du sérieux, ne serait-ce que pour redonner au rire sa vraie mission anthropologique, qui est de mettre le réel à distance. Mais pour mieux le voir.»
La civilisation du rire, p.320 op.cité

Peut-on Rire de l’art ?
« L’art équivaut à un rire hyperbolique – un rire qui serait beaucoup plus puissant que tous les rires effectifs, au moins virtuellement ; d’un autre point de vue, c’est un rire raté et avorté. Pour la même raison, on peut aussi bien rire de l’art moderne ou jouer sérieusement le jeu de l’émotion esthétique. Une attitude n’est pas moins légitime que l’autre : le rire n’est pas nécessairement  le stigmate (honteux) de l’ignorance, de la bêtise ou du mépris, ni le sérieux celui de la banale soumission aux codes culturels. Le rieur n’est pas un amateur qui n’aurait pas compris la réalité des enjeux artistiques, le non-rieur n’est pas non plus un pisse-vinaigre incapable de relâcher la bonne énergie du rire. Mais, à la croisée de l’hilarité et de l’adhésion émotionnelle, l’art nous ramène tous à la condition de l’âne de Buridan : notre seule obligation, rappelle la fable, est de choisir résolument l’une des deux voies. Lucidement ou en toute inconscience, peu importe ; et qui peut vraiment être sûr de ses motivation ? »
La civilisation du rire, p.231 op.cité

Épilogue

Les sorcières de Rimouski sont les femmes que j’ai rencontrées au Cégep, à la librairie Vénus, à la Maison des femmes, au Salon du livre, à l’Association des femmes d’affaires, au Club politique féminin, au Musée, au Club de tennis et dans les bars.

En 1984 le thème des sorcières était dans l’air et la grande chanson d’Anne Sylvestre « Une sorcière comme les autres », interprétée par Pauline Julien, attisait le mouvement féministe au Québec.

À Rimouski, le vent du large animait d’une douce folie le désir de création, d’expérimentation, de recherche et d’expression, ainsi que le mouvement de libération des femmes. Heureusement, nous n’étions pas au Moyen-âge car plusieurs de celles que j’appelle les Sorcières de Rimouski auraient péri comme Jeanne d’Arc, condamnée en 1451 par l’Église de Rome à brûler vive sur le bûcher. Cette sorcière guerrière fut réhabilitée comme sainte en 1920 par la même Église. Allez savoir pourquoi ! Serait-ce l’origine du paradoxe de la sorcière : à la fois satanique et divine ?

PREMIÈRE PARTIE : 1978 — « On prend toujours un train pour quelque part… »

Arrivée-train

En octobre 1978, j’ai pris le train, à Montréal, pour la première fois de ma vie, en vue d’une entrevue de sélection pour un poste d’enseignante en histoire de l’art et arts plastiques au Cégep de Rimouski. Mon mari m’avait encouragée dans cette démarche et je lui en suis très reconnaissante. Il s’était même engagé à garder notre fils Nicolas, le temps de l’aventure qui devait durer une année scolaire. Contre toute attente, le vent du large me convenait à merveille et l’aventure rimouskoise dura jusqu’à l’ouragan Katrina en 2005. Attendez que je me rappelle

1978 — La gare de Rimouski

Gare patrimoniale de Rimouski
Gare patrimoniale de Rimouski

J’ai descendu du train à la petite gare vers 7 heures du  matin. Le chauffeur de taxi me promena dans la ville et me conduisit au restaurant en attendant mon rendez-vous. Au coin des rues l’Évêché et Cathédrale, je me revoyais dans mon grand livre de géographie de première année avec sœur Marie Adolphine : une petite gare patrimoniale, l’Évêché, la cathédrale, le bureau de poste Canada, la mairie, l’ancien petit séminaire devenu Cégep, l’hôpital, l’Institut maritime, le Musée, le Conservatoire de musique, Allouette ! Bref, une petite ville prospère et fière, chef-lieu de la région, une ville d’institutions, dont la plus nordique des universités québécoises l’UQAR. C’était l’automne, il y avait des branches de feuilles d’érables ici et là en guise de décoration. J’étais surprise de cette tradition inusitée. J’ai su plus tard que ces décorations s’inscrivaient dans le cadre du Festival d’automne (en lien avec la France). Le temps gris et la marée basse me décevaient mais je découvrais un monde vivant à l’échelle humaine dans un décor religieux d’une autre époque. J’avais la sensation de jouer dans un vieux téléroman québécois dont je ne connaissais ni les lieux, ni les personnages. (Victor Lévy Beaulieu n’était pas loin).  L’audacieuse journaliste Lisette Morin écrivait alors que Rimouski était la ville la plus scolarisée du Québec. Très stimulant tout cela. J’avais déjà imaginé devenir prof d’histoire de l’art dans un Cégep, mais jamais dans une petite ville de 32,000 personnes en bordure du majestueux fleuve Saint-Laurent. Quelle sera mon persona dans ce nouveau contexte de vie si je suis choisie ?

1978 — L’entrevue de sélection

Vermeer - L'atelier
L’atelier du peintre Jan Vermeer ( vers 1670 )

L’augmentation imprévue du nombre d’étudiants et d’étudiantes au département des arts à l’automne 1978, nécessitait l’engagement d’une personne qui pouvait  enseigner dans les cours théoriques et pratiques. J’étais la sixième et dernière parmi les candidates et candidats retenus. Fraîche émoulue de l’UQAM, en rédaction d’un mémoire de maîtrise en sociologie de la culture avec Jules Duchâtel, j’étais prête pour l’aventure. J’avais étudié en histoire de l’art le théoricien marxiste à la mode, Nicos Hadjinicolaou, ce qui me value un regard d’approbation de la part de Serge Légaré, l’intellectuel du jury de sélection. La sympathique Michelle Naud me trouvait sympathique et c’était réciproque. Elle avait fait l’Écoles des Arts appliqués, devenu le Cégep du Vieux Montréal où j’avais étudié en arts plastiques, après les mythiques Beaux-arts où avait déjà enseigné Pellan, «  rival » de Borduas. Quant au troisième représentant du département des arts, je l’ai tout simplement hypnotisé. Le cadre du Cégep, historien de formation, charmé par ma passion de l’histoire, m’imagina facilement dans une classe. Compte tenu de la problématique des tâches et de l’urgence d’engager, j’apparaissais une valeur sûre. On me demanda d’attendre la réponse au département des arts au cinquième étage. Cinq minutes plus tard, j’ai su que j’avais été choisie. Ma vie bascula, j’avais 35 ans.

 

1978 — Mutation de société : les CEGEP

 

La première année d’enseignement passa comme un coup de vent. En plus de la préparation de mes 7 ou 8 cours différents, des réunions syndicales et départementales, de la recherche de matériel pédagogique, de l’écriture des plans de cours, j’avais une vie privée. Bref ça pédalait ! Je mettais la clé dans la porte de mon bureau tous les quinze jours, direction Montréal. J’occupais un minuscule bureau neuf, qui comprenait un classeur, une table lumineuse à diapositives, une chaise et un petit bureau de travail. Fait plutôt cocasse, il était installé dans une ancienne toilette des curés, à l’étage des Arts, juxtaposé aux autres bureaux qui pouvaient être des chambres à l’époque du Petit Séminaire. Amusant, pour une mécréante féministe d’occuper un espace réservé à l’intimité des hommes d’une époque révolue. Un signe des temps sans doute : une nouvelle répartition des espaces privés et publics entre les femmes et les hommes s’amorçait en éducation et dans la société. Fini la séparation des sexes à l’exception de certaines écoles privées et quelques clubs sélects.  Un autre signe tangible de notre  Rapide Révolution Tranquille, c’est la transformation architecturale. L’ancienne chapelle était transformée en bibliothèque comme dans la majorité des anciens Cégep qui étaient pour la plupart d’anciens petits séminaires.  C’est le scandaleux pamphlet Les Insolences du frère Untel publié en 1960, vendu à plus de 130 milles exemplaires, qui annonçait à sa manière, le Ministère de l’Éducation, la Révolution Tranquille et la création des Collèges d’enseignement général et professionnels (CEGEP) en 1967, l’année de l’Expo  Terre des hommes.  Cette mutation s’est opérée rapidement parce qu’il y avait une armée de prêtres, de religieux et de religieuses qui n’attendaient que cela pour prendre la clé des champs.  Tous ces postes à combler  dans la plupart des institutions leur assuraient un avenir intéressant : liberté sexuelle, salaire et allègement du vœu d’obéissance. Le fruit était mûr quand le charismatique Paul-Guérin Lajoie est devenu Ministre de l’Éducation. Le Québec opéra alors ce rattrapage culturel et éducationnel salutaire, surtout pour les filles qui avaient peu accès au cours classique et aux études supérieures dominées par le clergé catholique.

Suite à cette année scolaire coup de vent, durant l’été, lors d’un voyage familial en Suisse, se développa dans mon esprit l’idée du divorce qui s’est conclu à l’amiable l’année suivante. Il m’a suffi de signer le formulaire juridique que mon conjoint avait préparé. Le fiston est alors venu vivre avec moi durant deux ans avant de retourner vivre avec son père.

1978 — Borduas n’était pas syndiqué. Je l’étais.

 

Paul-Émile Borduas fut congédié de l’École du Meuble (devenu les Arts appliqués, puis le Cégep du Vieux-Montréal). Dans le manifeste Refus Global de 1948, l’anarchiste révolutionnaire Borduas s’attaquait de manière cinglante à l’Église catholique. Il dénonçait la corruption politique, nationale et mondiale, sous toutes ses formes, ainsi que les classes bien nanties qui maintenaient la société québécoise dans l’ignorance. Le manifeste Refus Global, véritable cri de liberté, fit scandale dans cette société frileuse et tant attachée à son clergé et à ses traditions. Sans syndicat pour le défendre, le malheureux Borduas fut congédié de son poste d’enseignant, directement par le gouvernement comme dans une République de bananes. Ce qui ne risquait pas de m’arriver. C’est le bon côté du syndicalisme. Comme il se devait, dans mon cours d’histoire de l’art québécois, j’accordais une place de choix à Borduas et au groupe des automatistes qui comprenait sept femmes et huit hommes. Je dois avouer que ce genre de manifeste n’est pas facile à comprendre. Cependant, quand on se donne la peine de se familiariser avec le style lyrique pour saisir les métaphores, on s’aperçoit que la forme du manifeste Refus Global est peut-être dépassée mais le fond demeure actuel. Sauf que le clergé a changé d’apparence, de langage et de forme. En 1948 Borduas proposait l’éveil des esprits par l’art. De de son côté le frère Marie Victorin proposait l’éveil par la science. Art et science sont les mamelles de l’imaginaire et de la créativité qui  ouvrent les portes de la transcendance, pour qui veut et peut les franchir. En tant qu’ancienne montréalaise j’étais très attachée à Borduas, ne serait-ce que parce que j’ai fréquenté la même institution que lui. J’étais autant attachée au scientifique Marie-Victorin, l’enseignant chercheur en botanique, visionnaire génial, concepteur du Jardin Botanique de Montréal que je fréquente depuis mon adolescence et dont je suis présentement amie. Deux destins tragiques qui inspirèrent les futures générations.

1978 — La prodigieuse amie d’enfance

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Denise Neveu, écrivaine

J’ai retrouvé cet article écrit par mon amie d’enfance, journaliste à l’UQAM en 1978. Sans elle je n’aurais jamais écrit.  J’ai connu l’écrivaine Denise Neveu au primaire, à l’école Sainte-Lucie, à Ville Saint-Michel.  Sa passion de l’écriture correspondait à ma passion pour le dessin.  Denise a déjà rédigé certaines de mes rédactions, en échange de mes dessins. Nous avons ri sous cape quand la religieuse a lu ma rédaction et m’a félicitée. Denise y avait glissé le mot éphémère ce qui m’avait beaucoup impressionnée. Cette vieille complicité de l’école primaire nous a toujours suivies. Denise avait la passion des mots et de l’écriture, elle était une première de classe et avait de belles médailles dorées sur sa robe noire. Moi je détestais l’école, surtout les cours de catéchisme, et je me retrouvais généralement la dernière de la classe, indifférente aux médailles quand le curé venait pour la distribution des bulletins. Ma grande amie Denise aimait tellement l’école qu’elle m’entraîna à jouer à ce jeu durant les vacances scolaires. Cela donne une idée de son talent. Denise jouait à l’enseignante et moi à l’élève indisciplinée. Incroyable, mais vrai. Vers 12 ans, nous avons fait notre communion solennelle ensemble avec nos robes blanches et nos voiles. Par la suite, cette chère voisine déménagea dans le Plateau et nous nous sommes perdues de vue.  Retrouvées quelques années plus tard, nous avons conservé le contact depuis, malgré mon éloignement à Rimouski. Denise a toujours encouragé qui que ce soit à écrire, notamment dans ses nombreux ateliers d’écriture et je lui en suis très reconnaissante. L’article sur mon projet de mémoire, me fait sourire aujourd’hui. Le projet était flou mais il s’en dégage tout de même une forte influence marxiste. Au fur et à mesure de ma recherche je suis devenue de plus en plus féministe, compte tenu de la place des femmes que j’analysais dans « les rapports de production et de reproduction ». J’ai fini par finir et j’ai vraiment été libérée quand j’ai déposé ce charabia universitaire en 1981.

Post-scriptum:  À l’époque je me nommais Irène Poupart, par la suite Irène Durand-Poupart avant de me nommer Irène Durand.

1979 — « Une sorcière comme les autres »

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Pauline Julien

Cette chanson d’Anne Sylvestre, interprétée par Pauline Julien, marque l’époque de la quête de liberté des femmes de ma génération. C’est à Rimouski, au Québec dans le Canada, que j’ai vécu cette aventure de libération qui se poursuit à Montréal, 40 ans plus tard, dans la ville où je suis née, par hasard et nécessité. Ma petite histoire s’inscrit dans la Grande, celle qui nous a façonnés depuis la nuit des temps. Et les détours de la vie nous conduisent d’une ville à l’autre, d’une rive à l’autre, d’un pays à l’autre, d’un amour à l’autre. Les détours de la vie m’avaient amenée dans un séminaire de sociologie à l’UQAM ( avec Nicole Laurin Frenette ) à analyser la problématique de l’articulation du féminisme et du marxisme, tout en étudiant les diverses statistiques sur la situation des femmes dans le monde. Ouf ! J’avais aussi participé à la rédaction d’un article, publié en France intitulé Le mouvement des femmes au Québec pour lequel j’ai rencontré Pauline Julien. J’ai aussi participé à la création d’un recueil d’associations de femmes au Québec, à caractère féministe. C’est par ce recueil que j’ai découvert le groupe L’autre Parole, auquel participait la théologienne Monique Dumais, professeure à l’UQAR. J’étais sensibilisée intellectuellement à la question du féminisme et motivée à suivre le mouvement de libération des femmes qui m’apparaissait légitime et très dynamique à Rimouski. J’en ai eu la confirmation lorsque j’ai vu la création collective du 8 mars, à la salle Georges Beaulieu du Cégep, dans laquelle Esther Morrissette jouait un personnage très déluré et fascinant. La salle était bondée, il y avait de l’effervescence dans l’air. J’ai vite compris que Rimouski se conjuguait au féminin en liberté.  J’étais chez moi comme un poisson dans l’eau. Comme disait Nancy Huston c’était l’époque du féminisme joyeux, bariolé, vivant et païen. Il faut dire que la scandaleuse pièce de théâtre « Les fées ont soif », censurée et présentée à l’automne à Montréal, avait ouvert les vannes de la créativité des femmes : La vierge, la mère et la putain venaient de sauter en éclats. Il faut aussi se rappeler que la pièce de théâtre La Nef des Sorcières avait déjà créé quelques remous en 1976.